Noël n'aura pas lieu






Noël n’aura pas lieu. Enfin, peut-être. En fait, cela ne dépend que de vous. À chaque fin d’épisode, vous aurez la possibilité d’aider, ou non, le Pays de Noël.

Faites les bons choix et toute cette histoire ne sera qu’une amusante anecdote à raconter au coin du feu.

Retrouvez tous les jours, jusqu'au 24 décembre inclus, un nouvel épisode de cette histoire de Noël. #UnNeuroNoël


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#UnNeuroNoël - Changement de plan

20 déc. 2017

Bien, il est temps de faire ce message. 

Le projet #UnNeuroNoël était à la base simple : vous proposer un épisode par jour d’une histoire autour de Noël. À la fin de chaque épisode, je vous demandais de faire un choix. Ce choix influençait l’épisode suivant. Le plan était parfait. Sauf que rien n’a tenu dans ce plan.
Je pourrais m’étendre sur pourquoi, mais à quoi bon ? Le plan n’a pas tenu et c’est la seule chose à savoir.
Je ne peux humainement pas rattraper le retard pris sur la publication des épisodes. Cela demanderait une énergie que je n’ai pas. Il est donc temps de passer au plan B.
Si vous ne l’avez pas remarqué, le calendrier de l’Avent compte 25 cases. Oui, celle du milieu n’est pas là pour la forme ou la décoration. Quelque chose vous attend bien le 25 décembre ici. Et vous y attendra toujours.
Il s’agit d’un ebook comprenant l’histoire « Noël n’aura (peut-être) pas lieu », avec mes choix*, et quelques bonus.
(*Proposer tous les choix ne sera malheureusement pas possible)

Croyez bien que je suis le premier ennuyé par le fait de ne pas avoir tenu le rythme, j’espère que cette surprise qui n’en est plus une vous fait quand même plaisir.

Je retourne maintenant écrire la suite de l’histoire. En attendant, pour me faire pardonner, je vous mets ici la couverture de l’ebook.
Note : si jamais vous n’avez pas lu les douze épisodes déjà publiés, ou s’il vous en manque, vous pouvez les retrouver sur cette page (vous avez juste à cliquer sur le jour pour l’avoir)

Faites qu’on n’ait pas besoin d’un plan C. À dans cinq jours !


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17 déc. 2017



___« Ça va aller Hector ?
___— Aller ? Aller ?! Mais comment ça pourrait aller ?! On est parti depuis quand déjà ? Le 2 ? Et on est le 6 maintenant ?
___— Je savais que j’aurais dû insister sur cette histoire d’écoulement du temps. Déjà qu’un changement d’une seule heure vous perturbe…
___— Quatre jours, nisse ! Ça fait quatre jours qu’on est ici ! Quatre jours que je suis ici et pas dans ma librairie ! Et mes clients ?!
___— Hector, respirez avec moi, tout va bien se passer. »
___Disons les choses clairement : nous paniquerions tous dans une situation pareille. Maintenant, soyons sérieux, ce n’est pas avec une crise d’apoplexie que l’on résout les ennuis du monde, encore moins les siens. Ce que je viens de vous dire là est à peu près mot pour mot ce que le nisse tentait de faire comprendre à notre camarade, entre deux imitations de labrador hors d’haleine.
___« Je vous propose quelque chose : on retourne à l’auberge voir si nous y avons de quoi vous coucher et avant de vous border, je m’arrange pour vous trouver un petit remontant et un bain moussant. D’accord ?
___— D’accord... Mais pas question de vous servir à nouveau de luge !
___— Je reconnais que j’ai peut-être un peu abusé sur ce coup-là. Mais quand même, c’était amu… Oui oui, promis, je ne recommencerai plus. »
___Il se pourrait que le nisse ait croisé les doigts en prononçant ces derniers mots.

___Nos deux protagonistes retrouvaient le chemin de l’auberge chacun sur leurs propres pieds. Sans heurter physiquement, visuellement ou verbalement quelqu’un, quelque chose ou eux-mêmes. Oui, qui de droit a bien été contacté pour que ce record soit certifié le plus rapidement possible.
___Arrivés à la porte de l’auberge, ils décidèrent d’y entrer en la franchissant comme des gens civilisés, sans plus de manière que celle de s’annoncer en la toquant avant d’en tourner la poignée.
___L’accueil par la lutine se fit d’abord avec un rouleau à pâtisserie à la main, qu’elle posa ensuite pour leur donner une grosse clé avec un sucre d’orge accroché à elle.
___« Deuxième étage, la porte au fond du couloir. Essayez de me la garder en état. »
___Le nisse aurait aimé lui répondre quelque chose comme « on va tâcher », mais Hector commençait à s’affaisser sur lui comme une chandelle qui aurait brûlé toute la nuit. Il allait plutôt tâcher de le transporter jusqu’à son lit et le laisser dormir une bonne nuit de douze heures terrestres. Il verrait demain pour les promesses.
___Architecturalement parlant, l’auberge ressemblait à ces adorables petits cottages anglais. Ces maisons sont mignonnes tout plein, oui, si l'on omet les escaliers escarpés, la bassesse des plafonds et des portes, et les poutres en chêne massif. Ces dernières ont d’ailleurs eu plus d’une occasion d’en taper cinq avec le crâne d’Hector, qui était malheureusement pour elles trop profondément endormi pour leur rendre le coup.
___Après une ascension digne des plus grands monts, et avec une émotion visible sur son front ruisselant, le nisse posa avec la douceur qu’il lui restait – à savoir aucune – son humain sur le lit.
___Le service de chambre avait assuré le coup en proposant le plus grand lit disponible pour leurs invités d’honneur. Même traitement pour leurs amis à écailles orange qui logeaient maintenant dans un bocal bien plus grand. Pour les valises par contre, il ne fallait pas rêver, elles étaient juste posées là. Faites que les objets n’aient pas d'âme.
___Le nisse n’avait plus qu’à s’installer au pied du lit de son protégé pour lui assurer la nuit la plus paisible possible. Tant de créatures à questionner et si peu de temps pour sauver Noël. Mais ils s’inquièteraient de tout ça demain, ils ronflaient déjà tous deux à en réveiller tout le Pays.
___À commencer par le chat.

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Il ne faut jamais réveiller un chat qui dort. Nos héros vont-ils réussir à passer la nuit avec cette créature des enfers sortie de son sommeil ?
1. Mais oui, une gratouille derrière l’oreille et il se rendort avec eux en ronronnant.
2. Attendez, on parle de quel chat exactement ?

L'urne est ici : https://strawpoll.com/fy4xf328


Partager cette histoire vous bordera mieux la nuit.

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Les commentaires


___Ils n’avaient pas eu besoin de se regarder l’un l’autre bien longtemps pour comprendre qu’il leur fallait à présent courir s’ils voulaient vraiment rattraper le peut-être-pas-si-saint Nicolas avant qu’il ne franchisse la frontière. Leur possible fugitif était cependant doté d’un don qui manquait cruellement à Hector : une parfaite cohésion entre ses deux jambes. Qu’à cela ne tienne, comme le nisse pouvait l’entendre régulièrement dans la langue pratiquée par son humain : si le plan A ne fonctionne pas, il reste toujours 25 lettres dans l’alphabet. Il passa donc au plan B, qui tenait en trois phases.
___Tout d’abord, rétrécir afin d’avoir la taille idéale pour piloter l’engin qu’il avait en tête.
___Ensuite, s’assurer que ledit engin à piloter soit bien en état de l’être. Pour cela, rien de plus simple, il n'avait qu'à retenir au bon moment les chevilles d’Hector pour le faire se retrouver sur le ventre dans une chute correctement amortie – l’humain tenant étrangement à toutes ses dents.
___Pour finir, profiter de l’aérodynamisme de cette luge de fortune pour glisser à toute allure sur la pente neigeuse s’offrant à eux et atteindre le mille de leur cible.
___Un seul petit accroc se présenta dans le déroulement de ce plan : contrairement à ce qu’un film d’animation le laissait entendre, il était tout bonnement impossible de conduire un être humain en lui tirant les cheveux.
___« STOOOOOOOP !!! »
___Difficile de savoir si hurler leur servait bien à quelque chose, ni même qui des deux hurlaient le plus fort, mais une chose était sûre, c’est que saint Nicolas avait cessé d’avancer pour mieux les voir s’encastrer à côté de lui dans un buisson de houx.
___D’ailleurs, une voix en sortit :
___« Merci de rester là où vous êtes, nous devons vous parler. »
___Suivi d’un petit homme au doigt menaçant qui essayait maintenant de sortir celui plus grand que lui de la position douloureusement embarrassante dans laquelle il était, pendant que ce dernier gémissait d’agonie. Ou de colère. Ou bien les deux.
___« Oui bon, je reconnais, ça doit piquer un petit peu…
___— Un peu ?!
___— Hé ! Soyez plutôt content de ne pas avoir à jouer aux osselets ce soir !
___— Grmbl… Aïe ! »
 
___Débarrassés de toutes leurs feuilles de houx, les voilà présentables au possible devant celui qu’ils chassaient quelques minutes plus tôt.
___« Puis-je savoir ce que vous me voulez ?
___— Monsieur Nicolas, pardonnez mon chauffard de nisse…
___— Saint Nicolas, pas monsieur.
___— Oui ben c’est justement de ça qu’on voulait discuter avec vous. Vous n’êtes pas sans savoir que nous avons un cadavre sur les bras.
___— Sans blague ? Même votre présence n’a pas suffi à étouffer le sujet. Même la présence d’un être humain tel que vous n’a pas suffi à étouffer l’affaire.
___— A-ha ! Vous reconnaissez le crime !
___— Je parlais du fait qu’il soit mort, pas de la manière dont il le fut. Écoutez, je n’ai pas le temps, prenez un chocolat et un rendez-vous.
___— Vous êtes drôlement pressé, dites.
___— Est-ce que vous savez quel jour on est ou votre notion du temps s’est perdue avec vos bonnes manières ?
___— Hééé ! Il va me causer meilleur le ... »
___Le nisse avait eu le temps de sceller les lèvres d’Hector avant qu’un mot malencontreux de plus n’en sorte.
___« Ce qu’il voulait dire, et sans vous manquer de respect, c’est que nous cherchons à savoir qui aurait pu aider à enlever l’immortalité de notre bon père Noël. Nous interrogeons donc tout le monde et nous ne pouvions pas vous laisser partir sans vous poser quelques questions. N’est-ce pas Hector ? »
___Avant de lui permettre de répondre, le nisse lui glissa quelques mots à l’oreille :
___« Un mot plus haut que l’autre et je m’assure qu’on vous confonde avec le buisson, compris ? »
___Hector accusa-réceptionna la menace d’un soupir.
___« Nous disions donc…
___— Que je n’avais pas plus de temps à vous offrir !
___— On ne vous retiendra pas longtemps. Est-ce que cette vie vous convient-elle vraiment ?
___— Plaît-il ?
___— C’est vrai, vous seriez en droit d’être lassé de tout ça. Une seule journée à ordonner aux enfants, et par le chantage en plus, d’être sages sinon ils ne seront pas récompensés ni par vous ni par le père Noël, ça doit être frustrant à force.
___— Le père Noël et moi-même faisons exactement le même boulot, difficile de vouloir sa place, si c’est bien ce que vous sous-entendez par là. Sauf que contrairement à lui, je suis plus chanceux : les gens de votre espèce apprécient ma présence. On croit plus facilement en un saint qu’en une personne décrite comme un rôle inventé par les parents.
___— Vu comme ça…
___— Maintenant, je dois vraiment y aller, le 6 décembre va bientôt sonner dans votre monde.
___— DÉJÀ ?! »
___Choqué d’avoir effectivement perdu la notion du temps dans toutes ces péripéties, il laissa son encore anonyme acolyte terminer l’interrogatoire.
___« Saint Nicolas, sauriez-vous où nous pourrions trouver votre double maléfique ?
___— Si vous parlez du père Fouettard, il n’est pas mon double maléfique. Mais oui, je sais où il est : sur Terre.
___— Avant vous ?
___— Cela fait un moment qu’il est passé à plein temps. Même avec toutes les menaces du monde, les êtres humains perdent de plus en plus de leur bonté. C’est triste. Je sais que notre Père en était tout autant chagriné que moi.
___— J’en suis désolé…
___— Ne le soyez pas, nisse. Je sais que votre espèce fait de son mieux pour les garder sur le bon chemin. Ils ont la tête de plus en plus dure avec les époques. Et puis gardons espoir, ce n’est pas un mauvais bougre le vôtre.
___— Il y a encore tellement de travail.
___— Je n’ai pas dit le contraire. J’espère que vous réussirez tous deux dans votre tâche. Je serai de toute façon de retour demain, si jamais vous avez besoin de mon aide pour autre chose.
___— Merci pour votre coopération. Bonne tournée à vous. Et soyez prudent ! »
 
___Le nisse sourit en guise d’au revoir et regarda saint Nicolas disparaître, comme avalé dans la muraille de conifères. Demi-tour visuel vers Hector, visiblement toujours victime de son bug temporel.
___« Eh merde, va falloir le redémarrer. »


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Partager cette histoire évite l'écran bleu du cerveau humain.
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15 déc. 2017



___« Avez-vous la moindre idée du merdier dans lequel vous venez de nous mettre en parlant à Mère comme ça ?
___— Je croyais que…
___— Que quoi ? Que Mère était capable du pire ?!
___— Baissez d’un ton. Vous connaissez mon monde, vous savez que tout le monde en est capable.
___— CE N’EST PAS … (Il respire.) Il est vrai que vous m’avez donné assez d’occasions pour le voir. Mais, et admettons que j’accorde un tout petit peu plus d’attention à vos conneries, quel serait son mobile ?
___— Je ne sais pas, nisse. C’est bien pour ça que j’essayais de l’interroger. »
___Le visage dudit nisse prit une forme qui rendait une attaque nucléaire plus engageante, grandit d’un bon mètre en une seconde sous le nez d’Hector et lui planta son doigt à présent fort boudiné dans le torse.
___« Faites bien attention. J’ai peut-être juré de prendre soin de vous, mais je peux très bien refaire mes lacets quand vous serez au bord d’un ravin. Compris, humain ? »

___À tourner en rond tout en s’évitant, ils avaient fini par trouver un banc où s’asseoir et des chocolats chauds pour ne pas y rester. C’est une fois l’un calmé et l’autre assuré de ne pas être homicidé dans la minute qu’ils reprirent leur conversation entre créatures vivantes bien éduquées.
___« Bien. Pourquoi la mère Noël ne pourrait-elle pas tuer son mar… fils ? »
___Le nisse jouait au football avec son nez comme pied et une boule de guimauve comme balle. C’était sa manière à lui de se détendre. Une fois le but marqué et la guimauve avalée, il prit le temps de lui répondre.
___« Parce que le père Noël n’est pas vraiment son fils. »
___Il s’assura d’avoir toute l’attention de son humain pour continuer.
___« Le père Noël est un statut, un emploi, un titre, appelez cela comme vous le voulez. On ne naît pas père Noël, on le devient. La seule personne qui peut vous gratifier de ce nom est Mère. Elle est notre mère à tous, elle seule peut savoir qui a le mérite nécessaire pour être le nouveau père Noël.
___— Vous en avez connu plusieurs ?
___— De ce que je sais, ça faisait plusieurs siècles qu’on avait le même. Le dernier avait demandé à raccrocher le manteau après avoir perdu espoir. Moche, hein ?
___— Plutôt moche, oui. Et votre mère l’a accepté ?
___— Comment refuser ? « L’espoir fait vivre », ça ne vient pas de chez vous. Comment vivre sans espoir et comment faire vivre l’espoir quand on n’en a plus une seule goutte dans nos veines ?
___— C’est pas faux... Et ça se décide comment, un nouveau père Noël ?
___— Orf, je crois que c’est un peu comme vos histoires de papes. Mère s’enferme dans son bureau, y réfléchit de longues heures en fumant de bons cigares, et quand elle ne se voit plus faire des ronds de fumée, elle déclare le nouvel élu. On devrait voir ça bientôt de toute façon, si vous ne nous l’avez pas vexé comme un pou.
___— Je suis vraiment désolé pour tout à l’heure, mais il n’empêche qu’elle pouvait et peut toujours l’avoir tué.
___— Encore une fois, pourquoi ?
___— Je ne sais pas... Ça ne la tenterait pas de distribuer des cadeaux ?
___— Elle peut très bien le faire. D’ailleurs, il lui arrive de le faire, quand Père se laisse déborder par la situation. C’est pour ça que vous la pensez sur Terre comme la femme de Père. À croire qu’il vous est totalement incapable d’imaginer une femme au pouvoir.
___— Hé, je n’y suis pour rien moi !
___— Ouais, ouais. On verra ça plus tard. »

___Les tasses de chocolat chaud étaient maintenant finies et les moustaches de chantilly autour des lèvres parfaitement dessinées.
___« Maintenant que vous n’avez plus de raison de suspecter Mère, qui est le prochain sur votre liste ?
___— Je ne sais pas… Qui pourrait avoir envie d’une nouvelle élection de Mister Papa Noël ? »
___Comme si le ciel écoutait leur conversation depuis le début, celui-ci lâcha une étoile filante en direction d’une silhouette qui avait l’air fort pressée de quitter le Pays de Noël.
___Hector et son nisse la virent se diriger vers la frontière de sapins, puis d’une même voix :
___« Saint Nicolas. »

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Détectives en herbe, c'est à vous de jouer. Est-ce que le patron des enfants pourrait souhaiter à ce point une promotion ?
1. Il en a peut-être marre d’être bon qu’à distribuer des chocolats sans aucune reconnaissance derrière ?
2. À quoi bon se surcharger de travail, il n’est pas déjà père Noël à sa façon ?

Pour voter, vous connaissez la chanson maintenant, c'est par lalalalalalalalà : https://strawpoll.com/3z52pzee


Partager cette histoire rajoute de la chantilly dans votre chocolat chaud.

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Edit du 17/12, 12h10 :

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___« Madame Noël va vous recevoir dans un instant. »
___Une lutine blonde aux longues jambes... pardon ! Mauvaise histoire. Reprenons.
___Un lutin fort coquet donnait, dans un geste tout aussi élégant, l’autorisation à nos deux amis d’entrer dans le bureau de la mère Noël. Hector commençait sérieusement à se demander s’il devait user de formule telle que « Sa Majesté » ou « Son Altesse Sérénissime », mais le doute fut rapidement dissipé à la vue du bureau en question, qui ressemblerait étrangement au sien s’il en avait un.
___Les murs portaient bien de la tapisserie, mais rien de chic ou de sobre. Ça sentait le vécu, dans tous les sens du terme. Vieillesse par ici, gribouillis à moins d’un mètre du sol par là ; quelques traces trahissant une ouverture un peu brutale d’une bonne bouteille de rouge qui tache ; et une brûlure très certainement due à une expérience au résultat non escompté dans le coin au fond à gauche.
___Le bureau, si tant est que l’on pût encore appeler cela ainsi, croulait sous la paperasse et autres prototypes de jouets. C’était peut-être pour cela que la mère Noël ne recevait pas ses invités dans cette partie-ci de la pièce, mais celle à l’opposée, près de la sortie. Ou plutôt de l’entrée, dans notre cas. Plusieurs fauteuils visuellement moelleux s’y trouvaient, l’un plus haut et plus large que les autres, avec près d’eux une table basse offrant toute sorte de collations.
___Et bien évidemment, que serait une pièce pareille sans une chaleureuse cheminée et une fenêtre donnant sur la meilleure vue possible de la grande place et son horloge, là où se tenait justement une dame dont seule la chevelure argentée laissait un indice sur son âge.
___« Messieurs, asseyez-vous. »
___Hector, en étroite collaboration avec son nisse, prit soin de s’installer dans le siège le plus proche sans s’emmêler les pieds ou dans le tapis, ou dans tout ce qui aurait eu le malheur de traîner non loin de lui.
___« Voici donc l’humain censé résoudre notre emmer… (Elle toussote.) Notre petit problème du moment ?
___— Oui Mère. Voici Hector Cobblestone, petit-fils d’Edgar Cobblestone.
___— Ah, la famille Cobblestone. De généreuses personnes, surtout sur la bouteille. Comment va ce bon vieux Edgar ?
___— Dans du sapin, j’en ai bien peur.
___— Triste vie qu’être mortel.
___— À qui le dites-vous, Mère.
___— Oui, mais vous avez apparemment le meilleur détective du Pays sous votre aile.
___— Je me suis peut-être un peu emballé sur les qualifications de mon protégé, mais disons qu’il a assez de ressources pour vous aider.
___— Qui sont ?
___— Hector, éclairez donc Mère de votre lanterne. »
___Hector suivait jusqu’ici l’échange avec une concentration digne d’une finale de Wimbledon, au point de ne pas comprendre qu’il était l’heure pour lui de servir pour le match. Le nisse se vit alors dans l’obligation de lui écraser les orteils, puisque le coup de coude dans les côtes n’avait pas suffi à le sortir du mode veille.
___« Excusez-le, Mère, il est bien plus bavard d’habitude… »
___L’humain reprit ses esprits. Si deux et deux font quatre, alors :
___« Eh bien, tout bon détective commencerait par interroger tout le monde, j’imagine.
___— Vous imaginez ?
___— Oui. À commencer par vous.
___— Je vous demande pardon ? »
___Le seul moment où le nisse arrivait enfin à goûter un des visuellement délicieux biscuits proposés sous ses yeux, il fallut que ce dernier, glaçage compris, passe de travers et manque de le tuer.
___« Hector, qu’est-ce que vous me faites, là ?
___— Tu m’as dit d’éclairer, alors j’éclaire. On appelle ça un crime passionnel par chez nous, même si le terme est clairement à revoir. Voilà comment ça se passe : il arrive que les époux s’aiment au point de s’entre-tuer. Ne me demandez pas la logique là-dedans.
___— Monsieur Cobblestone, je sais que l’erreur est fréquemment commise dans vos histoires de Noël, mais je ne suis pas sa femme, je suis sa mère.
___— Ah. »
___Le petit elfe, aussi soulagé que la situation le permettait, reprit son souffle et essaya de faire passer les dernières miettes avec ce qu’il lui restait de thé.
___« Ça change tout. Mais l’infanticide est toujours possible. »
___Qu’il recracha immédiatement tel un lama furieux dans le décolleté de celle qu’il nommait quelques minutes auparavant Mère.
___« Est-il nécessaire de vous rappeler que votre présence ici n’est tolérée que par ma bonne grâce ?
___— Serait-ce du chantage madame ?
___— Non, un simple rappel de bonne conduite. Je vais vous demander de sortir maintenant. »
___On ne savait plus trop si le nisse grognait contre son organisme ou contre Hector.
___« Oui voilà, on va s’en aller. Pardonnez-le Mère, ça le chahute drôlement le jetlag. Hector... »
___Tandis que l’élément perturbateur de type homo sapiens essayait d’ajouter quelque chose pour sa défense, celui qui plaidait tant bien que mal pour sa cause le poussait vers la sortie avec force. Une fois les deux assez éloignés d’une possible riposte physique de la mère Noël, le visage du nisse prit un ton à vous glacer le sang comme un flocon de neige qui se glisse pile-poil sous votre écharpe.
___« Hector… »


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Un nisse furax étant aussi instable qu'un baril de TNT, gardons donc nos votes pour plus tard.

Mais partager cette histoire pourrait le calmer.
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