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17 déc. 2017



___Ils n’avaient pas eu besoin de se regarder l’un l’autre bien longtemps pour comprendre qu’il leur fallait à présent courir s’ils voulaient vraiment rattraper le peut-être-pas-si-saint Nicolas avant qu’il ne franchisse la frontière. Leur possible fugitif était cependant doté d’un don qui manquait cruellement à Hector : une parfaite cohésion entre ses deux jambes. Qu’à cela ne tienne, comme le nisse pouvait l’entendre régulièrement dans la langue pratiquée par son humain : si le plan A ne fonctionne pas, il reste toujours 25 lettres dans l’alphabet. Il passa donc au plan B, qui tenait en trois phases.
___Tout d’abord, rétrécir afin d’avoir la taille idéale pour piloter l’engin qu’il avait en tête.
___Ensuite, s’assurer que ledit engin à piloter soit bien en état de l’être. Pour cela, rien de plus simple, il n'avait qu'à retenir au bon moment les chevilles d’Hector pour le faire se retrouver sur le ventre dans une chute correctement amortie – l’humain tenant étrangement à toutes ses dents.
___Pour finir, profiter de l’aérodynamisme de cette luge de fortune pour glisser à toute allure sur la pente neigeuse s’offrant à eux et atteindre le mille de leur cible.
___Un seul petit accroc se présenta dans le déroulement de ce plan : contrairement à ce qu’un film d’animation le laissait entendre, il était tout bonnement impossible de conduire un être humain en lui tirant les cheveux.
___« STOOOOOOOP !!! »
___Difficile de savoir si hurler leur servait bien à quelque chose, ni même qui des deux hurlaient le plus fort, mais une chose était sûre, c’est que saint Nicolas avait cessé d’avancer pour mieux les voir s’encastrer à côté de lui dans un buisson de houx.
___D’ailleurs, une voix en sortit :
___« Merci de rester là où vous êtes, nous devons vous parler. »
___Suivi d’un petit homme au doigt menaçant qui essayait maintenant de sortir celui plus grand que lui de la position douloureusement embarrassante dans laquelle il était, pendant que ce dernier gémissait d’agonie. Ou de colère. Ou bien les deux.
___« Oui bon, je reconnais, ça doit piquer un petit peu…
___— Un peu ?!
___— Hé ! Soyez plutôt content de ne pas avoir à jouer aux osselets ce soir !
___— Grmbl… Aïe ! »
 
___Débarrassés de toutes leurs feuilles de houx, les voilà présentables au possible devant celui qu’ils chassaient quelques minutes plus tôt.
___« Puis-je savoir ce que vous me voulez ?
___— Monsieur Nicolas, pardonnez mon chauffard de nisse…
___— Saint Nicolas, pas monsieur.
___— Oui ben c’est justement de ça qu’on voulait discuter avec vous. Vous n’êtes pas sans savoir que nous avons un cadavre sur les bras.
___— Sans blague ? Même votre présence n’a pas suffi à étouffer le sujet. Même la présence d’un être humain tel que vous n’a pas suffi à étouffer l’affaire.
___— A-ha ! Vous reconnaissez le crime !
___— Je parlais du fait qu’il soit mort, pas de la manière dont il le fut. Écoutez, je n’ai pas le temps, prenez un chocolat et un rendez-vous.
___— Vous êtes drôlement pressé, dites.
___— Est-ce que vous savez quel jour on est ou votre notion du temps s’est perdue avec vos bonnes manières ?
___— Hééé ! Il va me causer meilleur le ... »
___Le nisse avait eu le temps de sceller les lèvres d’Hector avant qu’un mot malencontreux de plus n’en sorte.
___« Ce qu’il voulait dire, et sans vous manquer de respect, c’est que nous cherchons à savoir qui aurait pu aider à enlever l’immortalité de notre bon père Noël. Nous interrogeons donc tout le monde et nous ne pouvions pas vous laisser partir sans vous poser quelques questions. N’est-ce pas Hector ? »
___Avant de lui permettre de répondre, le nisse lui glissa quelques mots à l’oreille :
___« Un mot plus haut que l’autre et je m’assure qu’on vous confonde avec le buisson, compris ? »
___Hector accusa-réceptionna la menace d’un soupir.
___« Nous disions donc…
___— Que je n’avais pas plus de temps à vous offrir !
___— On ne vous retiendra pas longtemps. Est-ce que cette vie vous convient-elle vraiment ?
___— Plaît-il ?
___— C’est vrai, vous seriez en droit d’être lassé de tout ça. Une seule journée à ordonner aux enfants, et par le chantage en plus, d’être sages sinon ils ne seront pas récompensés ni par vous ni par le père Noël, ça doit être frustrant à force.
___— Le père Noël et moi-même faisons exactement le même boulot, difficile de vouloir sa place, si c’est bien ce que vous sous-entendez par là. Sauf que contrairement à lui, je suis plus chanceux : les gens de votre espèce apprécient ma présence. On croit plus facilement en un saint qu’en une personne décrite comme un rôle inventé par les parents.
___— Vu comme ça…
___— Maintenant, je dois vraiment y aller, le 6 décembre va bientôt sonner dans votre monde.
___— DÉJÀ ?! »
___Choqué d’avoir effectivement perdu la notion du temps dans toutes ces péripéties, il laissa son encore anonyme acolyte terminer l’interrogatoire.
___« Saint Nicolas, sauriez-vous où nous pourrions trouver votre double maléfique ?
___— Si vous parlez du père Fouettard, il n’est pas mon double maléfique. Mais oui, je sais où il est : sur Terre.
___— Avant vous ?
___— Cela fait un moment qu’il est passé à plein temps. Même avec toutes les menaces du monde, les êtres humains perdent de plus en plus de leur bonté. C’est triste. Je sais que notre Père en était tout autant chagriné que moi.
___— J’en suis désolé…
___— Ne le soyez pas, nisse. Je sais que votre espèce fait de son mieux pour les garder sur le bon chemin. Ils ont la tête de plus en plus dure avec les époques. Et puis gardons espoir, ce n’est pas un mauvais bougre le vôtre.
___— Il y a encore tellement de travail.
___— Je n’ai pas dit le contraire. J’espère que vous réussirez tous deux dans votre tâche. Je serai de toute façon de retour demain, si jamais vous avez besoin de mon aide pour autre chose.
___— Merci pour votre coopération. Bonne tournée à vous. Et soyez prudent ! »
 
___Le nisse sourit en guise d’au revoir et regarda saint Nicolas disparaître, comme avalé dans la muraille de conifères. Demi-tour visuel vers Hector, visiblement toujours victime de son bug temporel.
___« Eh merde, va falloir le redémarrer. »


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