Noël n'aura pas lieu






Noël n’aura pas lieu. Enfin, peut-être. En fait, cela ne dépend que de vous. À chaque fin d’épisode, vous aurez la possibilité d’aider, ou non, le Pays de Noël.

Faites les bons choix et toute cette histoire ne sera qu’une amusante anecdote à raconter au coin du feu.

Retrouvez tous les jours, jusqu'au 24 décembre inclus, un nouvel épisode de cette histoire de Noël. #UnNeuroNoël


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5 déc. 2017



___Un nisse n’a pas pour habitude de mettre le traîneau avant les rennes, jamais. Dans ce cas précis, il n’y avait pas de place au doute, pas même à une lettre : si la vie du père Noël avait demandé le divorce de son corps, elle ne l’avait clairement pas fait seule.
___Ils pouvaient toujours maintenir un minimum d'illusion de vie en conservant le corps du vieux dans un état impeccable jusqu’à Noël, mais elle s'arrêterait là. Étant donné que la mort n’est une chose naturelle que sur Terre, il leur fallait absolument quelqu’un qui maîtrise un minimum l’art du décès.
___Sauf que convaincre le Pays de Noël d’accepter un être humain en leurs terres n’est pas chose aisée. Pour vous faire une idée de la rudesse de la tâche, sur une échelle de 1 à 10, 1 étant « gérer une bombe » et 10 « désamorcer Hector » – à moins que ce soit l’inverse ? – on se trouve ici à « Hector jonglant avec trois bombes ».
___Heureusement pour notre nisse, il avait proportionnellement autant de chance que son humain de malchance, et donc réussit ce tour de force en seulement quelques anecdotes, que l’on vous racontera plus tard si vous êtes sages.
___Tout le problème résidait maintenant dans le voyage. Si d’un point de vue physique, il y avait moyen que tout se passe convenablement – votre espèce survivant régulièrement aux balades dans l’espace – c’était plus d’un point de vue moral que ça allait coincer. Comment convaincre un humain d’écouter une créature magique sans qu’il disjoncte ?
___Je vois que nous sommes tous d’accord.
___L’alcool.

___Il existe ici au Pays de Galles une vieille tradition nommée Mari Lwyd. Le principe est assez simple, vous allez voir. Il vous faut un crâne de cheval, un bâton sur lequel le mettre, puis décorer le tout d’un drap blanc et de rubans, comme si c’était une jeune mariée ou un coquet fantôme. Ensuite, vous allez toquer à toutes les portes de votre quartier pour réclamer un coup de schnaps. Fut un temps où on y allait à celui qui mettait le plus grand bordel sonore, mais par ceux qui courent, on réduisait les décibels pour ne pas finir la nuit au poste, où il y aurait encore moins de chance de finir ivre.
___Le nisse n’avait plus qu’à bricoler ça avec les moyens du bord. Un peu de découpage par ici, un peu de collage par là, un soupçon de magie et trois fois rien d’optimisme, il se retrouvait maintenant maître d’un charmant dada en carton de boîte de céréales.
___Pour que la blague tienne la route, le nisse n’avait plus qu’à se faire passer pour un enfant égaré d’un cortège de carnavals.
___Le soir venu et l’humain détendu, il révisa une dernière fois son plan d’action. Non pas qu’il en avait réellement besoin, mais depuis qu’il se faisait l’intégrale d’une série où l’un des héros aime que son plan se déroule sans accrocs, il se sentait obligé de le faire lui aussi.
___Premièrement : sortir discrètement avec tout son barda sur le dos et se cacher quelques minutes plus loin dans la rue. Tout allait bien jusqu’à ce qu’un chat du quartier prenne l’un des rubans du Mari Lwyd comme la queue fantaisiste d’une souris. Un miaulement sauvage et un bruit de poubelles plus tard, le nisse passait à la phase 2.
___Deuxièmement : faire comme si de rien était et frapper à plusieurs portes avant la sienne. Pour être sûr que cette comédie ne dure pas mille ans, il prit une apparence qu’il m’est difficile de vous décrire afin que les habitants n’osent pas le faire entrer. C’était oublier la gentillesse sans limites du couple sénile à deux portes de celle d’Hector, bien décidé à le gaver de langues de chat. Les biscuits, pas celles de vrais chats. On a dit sénile, pas psychopathe.
___Troisième et dernière étape : la porte de monsieur Hector Cobblestone.
___Il ressemblait maintenant à un adorable petit enfant à qui l'on ne refuse rien et il sonna. Plusieurs fois. Sans réponse.
___Premier réflexe : s’inquiéter, bien sûr. Il était parti depuis au grand maximum un quart d’heure et l’immeuble était toujours intact, rien de grave n’avait pu lui arriver, respire petit nisse. À moins que son humain eût trouvé la mauvaise nouvelle reçue au courrier ce matin pendant ce tout petit laps de temps, dans ces cas-là, il lui faudrait échafauder un plan B en un éclair.
___Avant même de savoir combien pouvait faire le mot eurêka sur un mot compte triple, Hector, le pas nonchalant, avait fini par daigner ouvrir. Le nisse n’eut pas besoin de s’imaginer la douleur des doigts coincés dans une porte pour avoir les larmes aux yeux : son humain était vivant, mais par-dessus tout, il était entier.
___« Oh ben petit, personne n’a voulu t’ouvrir ? »
___Il était tellement heureux qu’il en avait oublié son rôle. 
___« Ah euh… Oui… Personne... »
___Il savait son Hector gentil comme tout, mais quitte à jouer la comédie, il exagéra encore un peu sa chouinerie en pensant à un marteau rencontrant un doigt plutôt qu’un clou.
___« Allez, sèche-moi ces larmes et entre, je vais nous faire un chocolat chaud. »

___Si vous pensiez qu’Hector raterait une occasion de mettre un ingrédient supplémentaire dans son chocolat chaud, c’est que vous n’avez toujours pas cerné le bonhomme.
___Commencez par faire un bon chocolat chaud. Dans une casserole, faites chauffer du lait avec de la crème et une petite pointe de vanille. Ajoutez-y du chocolat, noir de préférence, de quelques morceaux à la moitié de la tablette.
___Maintenant, selon l’âge et le gabarit du consommateur, versez une bonne dose de whisky ou son dérivé en crème.
___Touillez, servez dans un bol, dégustez ça sous votre couette devant la télévision.

___Ils discutèrent beaucoup, de tout et de rien, puis quand une ouverture se dessina, le nisse s’y engouffra.
___« Hector, promettez-moi de ne pas paniquer. »
___Il paniqua, bien entendu.
___Le nisse lui fit le topo. Pays de Noël, père Noël, crime, enquête, créatures magiques, nisse, voyage. Il n’avait rien oublié.
___« Hector, acceptez-vous de venir ? »
___Soit son humain essayait de lui répondre en morse en battant des paupières, soit les fils de son cerveau ne se touchaient plus.

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À vous de voter. Si tant est qu’Hector ait entendu la question, accepte-t-il de suivre son nisse ?
1. Oui. Trois longs, deux courts un long, deux courts.
2. Faute d’un oui, c’est un non, règle de base et unique règle du consentement.

Le vote se fait ici : https://strawpoll.com/cz5ykaxf


Partager cette histoire vaut une récompense en chocolat chaud.

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Edit du 06/12, avant midi :

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