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15 déc. 2017



___« Madame Noël va vous recevoir dans un instant. »
___Une lutine blonde aux longues jambes... pardon ! Mauvaise histoire. Reprenons.
___Un lutin fort coquet donnait, dans un geste tout aussi élégant, l’autorisation à nos deux amis d’entrer dans le bureau de la mère Noël. Hector commençait sérieusement à se demander s’il devait user de formule telle que « Sa Majesté » ou « Son Altesse Sérénissime », mais le doute fut rapidement dissipé à la vue du bureau en question, qui ressemblerait étrangement au sien s’il en avait un.
___Les murs portaient bien de la tapisserie, mais rien de chic ou de sobre. Ça sentait le vécu, dans tous les sens du terme. Vieillesse par ici, gribouillis à moins d’un mètre du sol par là ; quelques traces trahissant une ouverture un peu brutale d’une bonne bouteille de rouge qui tache ; et une brûlure très certainement due à une expérience au résultat non escompté dans le coin au fond à gauche.
___Le bureau, si tant est que l’on pût encore appeler cela ainsi, croulait sous la paperasse et autres prototypes de jouets. C’était peut-être pour cela que la mère Noël ne recevait pas ses invités dans cette partie-ci de la pièce, mais celle à l’opposée, près de la sortie. Ou plutôt de l’entrée, dans notre cas. Plusieurs fauteuils visuellement moelleux s’y trouvaient, l’un plus haut et plus large que les autres, avec près d’eux une table basse offrant toute sorte de collations.
___Et bien évidemment, que serait une pièce pareille sans une chaleureuse cheminée et une fenêtre donnant sur la meilleure vue possible de la grande place et son horloge, là où se tenait justement une dame dont seule la chevelure argentée laissait un indice sur son âge.
___« Messieurs, asseyez-vous. »
___Hector, en étroite collaboration avec son nisse, prit soin de s’installer dans le siège le plus proche sans s’emmêler les pieds ou dans le tapis, ou dans tout ce qui aurait eu le malheur de traîner non loin de lui.
___« Voici donc l’humain censé résoudre notre emmer… (Elle toussote.) Notre petit problème du moment ?
___— Oui Mère. Voici Hector Cobblestone, petit-fils d’Edgar Cobblestone.
___— Ah, la famille Cobblestone. De généreuses personnes, surtout sur la bouteille. Comment va ce bon vieux Edgar ?
___— Dans du sapin, j’en ai bien peur.
___— Triste vie qu’être mortel.
___— À qui le dites-vous, Mère.
___— Oui, mais vous avez apparemment le meilleur détective du Pays sous votre aile.
___— Je me suis peut-être un peu emballé sur les qualifications de mon protégé, mais disons qu’il a assez de ressources pour vous aider.
___— Qui sont ?
___— Hector, éclairez donc Mère de votre lanterne. »
___Hector suivait jusqu’ici l’échange avec une concentration digne d’une finale de Wimbledon, au point de ne pas comprendre qu’il était l’heure pour lui de servir pour le match. Le nisse se vit alors dans l’obligation de lui écraser les orteils, puisque le coup de coude dans les côtes n’avait pas suffi à le sortir du mode veille.
___« Excusez-le, Mère, il est bien plus bavard d’habitude… »
___L’humain reprit ses esprits. Si deux et deux font quatre, alors :
___« Eh bien, tout bon détective commencerait par interroger tout le monde, j’imagine.
___— Vous imaginez ?
___— Oui. À commencer par vous.
___— Je vous demande pardon ? »
___Le seul moment où le nisse arrivait enfin à goûter un des visuellement délicieux biscuits proposés sous ses yeux, il fallut que ce dernier, glaçage compris, passe de travers et manque de le tuer.
___« Hector, qu’est-ce que vous me faites, là ?
___— Tu m’as dit d’éclairer, alors j’éclaire. On appelle ça un crime passionnel par chez nous, même si le terme est clairement à revoir. Voilà comment ça se passe : il arrive que les époux s’aiment au point de s’entre-tuer. Ne me demandez pas la logique là-dedans.
___— Monsieur Cobblestone, je sais que l’erreur est fréquemment commise dans vos histoires de Noël, mais je ne suis pas sa femme, je suis sa mère.
___— Ah. »
___Le petit elfe, aussi soulagé que la situation le permettait, reprit son souffle et essaya de faire passer les dernières miettes avec ce qu’il lui restait de thé.
___« Ça change tout. Mais l’infanticide est toujours possible. »
___Qu’il recracha immédiatement tel un lama furieux dans le décolleté de celle qu’il nommait quelques minutes auparavant Mère.
___« Est-il nécessaire de vous rappeler que votre présence ici n’est tolérée que par ma bonne grâce ?
___— Serait-ce du chantage madame ?
___— Non, un simple rappel de bonne conduite. Je vais vous demander de sortir maintenant. »
___On ne savait plus trop si le nisse grognait contre son organisme ou contre Hector.
___« Oui voilà, on va s’en aller. Pardonnez-le Mère, ça le chahute drôlement le jetlag. Hector... »
___Tandis que l’élément perturbateur de type homo sapiens essayait d’ajouter quelque chose pour sa défense, celui qui plaidait tant bien que mal pour sa cause le poussait vers la sortie avec force. Une fois les deux assez éloignés d’une possible riposte physique de la mère Noël, le visage du nisse prit un ton à vous glacer le sang comme un flocon de neige qui se glisse pile-poil sous votre écharpe.
___« Hector… »


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Un nisse furax étant aussi instable qu'un baril de TNT, gardons donc nos votes pour plus tard.

Mais partager cette histoire pourrait le calmer.

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